L’ensorcellement du monde, de Boris Cyrulnik (1/3)

Je poursuis ici mes citations d’articles ou d’émissions dans lesquels les recherches scientifiques les plus récentes alimentent la compréhension que l’on peut avoir de l’hypnose.

Je cite ici le magnifique éthologue, psychiatre et écrivain Boris Cyrulnik, qui a vulgarisé entre autres le concept de résilience. Sa vision de l’hypnose n’est pas celle d’Erickson, elle est au contraire plutôt autoritaire. Mais j’aime me frotter à d’autres visions que la mienne. Rester curieux, loin de toute chapelle, c’est rester vivant.

« Le feu et la cascade nous offrent des exemples de ces formes naturelles qui ont le pouvoir de nous mettre en attente. Il m’arrive de me fixer devant un feu de cheminée, en plein brouhaha humain. En quelques mouvements de flammes, ma conscience est captivée, délicieusement. Je ne perçois rien d’autre qu’une couleur dansante, une chaleur crépitante. Cette perception me séduit et me possède comme une musique. Le simple fait d’être pris et d’en éprouver du plaisir me vide de tout travail mental ou musculaire, et explique pourquoi cette captivité bienheureuse m’apaise. Je ne peux donc pas être pris par n’importe quelle structure sensorielle : un bruit suraigu touchant mon oreille comme une vrille me pousserait au mouvement, à me boucher les oreilles ou à fuir. Une brûlure acide me contraint à me débattre, alors qu’une douce et chaleureuse pression m’immobilise, en attendant le regard ou la parole de celui qui me touche. Les nourrissons, dès leur naissance, ne sont pas captivés par n’importe quel objet. Ce qui prend forme pour eux, c’est la brillance des yeux qu’ils suivent dès le premier regard et les basses fréqeunces de la voix qui les captivent dès les premiers mots. (…)
 Quand Braid, au milieu du XIXe siècle, a introduit le mot « hypnotique », il a lancé un contresens, dans notre culture, en faisant croire qu’il s’agissait d’un phénomène en rapport avec le sommeil. L’approche éthologique soutient qu’il ne s’agit ni d’un rêve, ni d’un sommeil, mais bien au contraire d’un état de la sensorialité, liant deux organismes séparés. L’expression de l’un fait impression sur l’autre, et le captive. »

Boris Cyrulnik, l’ensorcellement du monde, 1997, éditeur Odile Jacob poches,  page 97

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